Je vais quand même vous dire pourquoi je vous envoie tout ça. Sinon on va croire que je critique. Or je ne critique pas : j’ai peur. J’ai peur que l’art français soit mort. Ben oui, pourquoi pas ? Il y a bien des mouvements qui naissent, des dada, des surréalistes. Pourquoi il n’y aurait pas de l’art qui meure dans certains endroits. Je ne dis pas ça avec légèreté. Cela fait bientôt 8 ans que je suis revenue vivre à Paris. J’ai attendu avant de me prononcer. Alors voilà : L’art français est mort. -Et j’ai bien failli y passer- Oui, je vous jure, j’ai manqué de peu de me faire bouffer par les zombies. J’avais prévu une autre newsletter n°2, avec encore plus de Coran, de Marie-Claire, de Bible, et puis un copain m’appelle. Il est embêté. Il a invité un artiste anglais pour une performance et il se rend compte que le Mac Val fête ses cinq ans au même moment. J’avais vu passer l’information, mais leur offre « gagnez un pass pour un an » m’a fait passer à autre chose immédiatement. On nous parle déjà comme ça pour le téléphone, les machines à laver, les voyages et les crèmes hydratantes, alors en art, les pass, non merci. J’ai donc été voir sur le site du Mac Val, pour me faire une idée, pour savoir ni nos amis allaient préférer l’anniversaire à la performance. C'est pas dit, comme on dit. Mais voilà je lis, je cite : Bien sûr, "Let's Dance" fait référence au célèbre album de David Bowie (1983), aux accents mélancoliques. Première phrase et je suis déjà perplexe. Je vais réécouter rapidement et je ne perçois pas d’accents mélancoliques. Bon, peut-être que l’auteur a voulu dire que l’album pouvait rendre un auditeur de plus de 27 ans mélancolique. Aux accents mélancoliques, ne s' appliquerait pas à la musique mais à celui qui l'écoute. Ah la grammaire! Comment le titre Let’s Dance fait-il référence au titre Let’s Dance puisque ce sont exactement les mêmes mots ? Et puis… pourquoi ce Bien sûr ? Parce que c’est celui de David Bowie et pas la comédie musicale avec Fred Astaire, bande de ringards pas pop. Une invitation ? Une injonction ? Euh ? Pourquoi me pose-t-on la question ? Quelle est la question exactement ? Oui, let’s dance me semble être c’est une invitation à la danse. Une injonction, un ordre me semble un peu fort. Curieusement, ce titre séduisant raisonne comme un slogan autrefois scandé par Act Up : "J’irai danser quand même !" ; car il s'agit bien ici d'une forme de résistance. Bon, je ne trouve pas du tout que ça raisonne (résonne peut-être ?) avec le slogan d’Act Up. Il y a le terme danse, certes et peut-être une relation entre Bowie et Act up que j’ignore… En revanche j’imagine qu’on peut les mettre en parallèle, comme tout. Mettre en parallèle, ça marche toujours assez bien. Quant à la résistance, à priori, ça m’intéresse. Enfin, plus que ça même. Surtout quand il s’agit bien ici de résistance. Body Snatchers. Cette exposition collective nous livre une vision de l'envers du décor. Mélancolique, le propos de l'exposition l'est d'une certaine manière. De nouveau perdue. De nouveau pas comprendre moi. Résistance donc mélancolie? Mouais… Envers du décors donc mélancolie? Quel décor ? Un propos mélancolique ? Si c’est comme l’album de Bowie, ça ne va faire trop pleurer que les très gros dépressifs. Il faut certainement lire plus loin pour comprendre… Éprouver le besoin irrépressible de commémorer ensemble les événements marquants de la vie est l'un des fils rouges de l'exposition qui relient la cinquantaine d'oeuvres d'artistes internationaux rassemblés pour "Let's Dance" du 22 octobre au 16 janvier 2011. Le style un peu lourd rend la lecture malaisée, mais un besoin irrépressible, vraiment, ça m’échappe… Quant à l’éprouver comme fil rouge d’une expo, je ne vois pas. Est-ce juste inélégant ? Suis-je stupide ? Méchante ? Malhonnête ? Malintentionnée ? Massacre à la tronçonneuse. Le besoin irrépressible de l’anniversaire, franchement je ne comprends pas. Je me sens étrangère. "Let's Dance" propose de visiter les lieux communs de la célébration à travers ses motifs : l'anniversaire, le feu d'artifice, la bougie, le gâteau, la fête des voisins, les rituels de passage, la musique... C’est là que je ne peux plus lire -en tentant de passer outre la maladresse. Là, c’est trop. Le bénéfice du doute, je veux bien, mais quand même, je ne peux pas me rendre débile parce que c’est le Mac Val et qu’ils ont déjà près de 900 personnes prévus sur leur page facebook. Visiter les lieux communs comme la bougie? Je me sens fébrile. Comment parler sérieusement aux organisateurs? Bonjour, c’est très intéressant. Ah le rituel de passage, c’est dur. Très dur. Après la confusion orthographique entre raisonner et résonner, je ne sais même pas comment entendre le terme de motif dans ce contexte. Justification ou ornement? L’anniversaire serait une justification, la bougie un ornement , ou le contraire? Attention, ça va en crescendo, on continue, les points de suspension dans le texte. … qui sont autant de points de rencontre des communautés qui n'empêchent pas cependant, la solitude. Je vous jure, là j’ai l’impression d’être sur une autre planète. Je ne lis pas la rédaction d’un(e) élève de troisième mais la présentation d’une exposition d’un centre d’art qui tourne avec 3,5 millions d’euros de budget annuel. Ce n’est pas cynique. Ce n’est pas une blague. C’est le réel. The return of the real -as the living dead. L'exposition a ainsi été conçue comme une grande Vanité... Surprise. Phrase simple, idée claire. Enfin presque. Ça sonnerait quand mieux sans le ainsi : «L’exposition est conçue comme une grande Vanité. » Là je suis. Mais pas pour longtemps. Je ne vois de lien ni avec les anniversaires, ni les fêtes de voisins, ni l’album de Bowie, ni l’envers du décor. Ah ! une pièce de Douglas Gordon avec un crâne. Bon… Au fur et à mesure de l'exposition, des bribes de récits se tissent. Parcours narratif j’imagine. Ok. Le commissaire raconte une histoire que le spectateur à travers sa déambulation dans le musée perçoit de façon fragmentée ou petit à petit, par bribes quoi. Suspiria. Suspiria. Des événements perçus comme à la dérobée, au détour d'une installation ou d'une sculpture, d'une vidéo ou d'une peinture, sont autant de moments brefs, troublants et incomplets. Des évènements perçus comme des moments incomplets? D’habitude je cherche. J’aime bien réfléchir. J’adore ça même et je sais que tout n’est pas immédiat dans la pensée de l’art, mais là ça ne décolle pas. Je ne sais pas. Je n’y arrive pas. Une infection neuronale. Quelque chose dans le cerveau, qui m’empêche de relier les mots entre eux, de suivre les constructions grammaticales. Peut-être un virus, une tumeur. Délivrance. Mais, ces scènes sont assez universelles pour permettre à tous et à chacun de s'y identifier. À part pour la colle, l’universel ça me fait peur, mais ce serait trop long à vous raconter et à tous et à chacun, je ne comprends pas. Si on dit à tous pourquoi ajouter chacun ? Chacun n’est pas dans tous ? En fait je commence à avoir des doutes. Est-ce vraiment un texte sur le site du Mac Val. Suis-je bien en train de citer ? On dirait que ça a été piraté. Que quelqu’un a eu accès au site et se moque d’eux. Opera. Opera. J’ai peur je vous ai dit. Toutefois, à la différence des clichés qui décrivent des situations parfaitement stéréotypées, "Let's Dance" se joue de l'ambiguïté des objets. Vous comprenez pourquoi j’ai peur ? Là, vous ne pouvez pas ne pas me comprendre, Vous ressentez, n’est-ce pas ? Moi, ça me touche dans mon corps. ça atteint mes muscles, mes os, mes cellules nerveuses, ma respiration. Qu’est ce que c’est des situations parfaitement stéréotypées ? Pourquoi on m’explique ce qu’est un cliché et pas un stéréotype ? Et une exposition qui se joue de l’ambiguïté d’objets? Je suis obligée d’aller chercher dans un dictionnaire- je vous jure, j’en perds ma langue- mais ça ne m’aide pas. Même avec les différents emplois de se jouer de, je n’appréhende pas le message. Je ne saisis pas le sens. 1. Se recréer, se divertir. Il se dit quelquefois, poétiquement, des choses. par exemple : « des oiseaux qui se jouent dans le feuillage. » ou 2. Dédaigner, regarder quelqu’un ou quelque chose comme négligeable, témoigner qu’on n’en fait point de cas. par exemple « Se jouer de quelqu’un, de quelque chose. » Pour l'exposition "Let's Dance", rien d'ironique ou de morbide, pas plus que d'effusion ou d'empathie. Je ne sais plus comment réagir. J’ai la sensation de me laisser happer par le nonsense, de participer au délire d’un malade, d’être coincée dans une blague pas très bonne. Non, je ne suis pas dans un film d’horreur. Peut-être qu’on a court-circuité des concepts dans mon esprit, que mon cerveau ne répond plus. Ou c’est moi qui deviens gaga, ou c’est le Mac Val. D’abord c’est Carrie, avec un let’s dance en injonction, vous allez dancer bandes de salauds, les Stepford wifes sans effusion, universelles, identification au stéréotypes. Nulle récupération du passé, nulle anticipation de l'avenir. Quand l'intemporalité s'installe, même la nostalgie n'existe plus. Là c’est clair, c’est l’apothéose. L’attaque des zombies. Je vous avais dit. Un film d’horreur. Même la nostalgie n’existe plus. Ah Ah A Vous voulez un pass gratuit d’un an. ah ah ah… pour l’horreur. ah ah ah |
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