L’interview qui -finalement-  n’a pas été publiée

Un tube dans un musée?

- Alors tu es artiste ou musicienne?
- Je fais de la musique comme de l’art, et de l’art comme de la musique.

- Donc à la fois artiste et musicienne…
- Quand je joue, je suis dans le geste- ce geste qui fait du son. Mais quand je pense à la musique, je pense autant à l’agencement de sons qu’à mes lectures théoriques qu’à l’histoire de l’art telle que je la connais… 

-Est-ce qu’on peut dire que tu proposes une approche critique de la musique ?
Non, je n’ai pas l’impression qu’on puisse encore fonctionner comme ça aujourd’hui. être critique, j’ai l’impression que ça revient à faire semblant de donner du fond  à des formes archi connues… Le système capitaliste recycle tout, même l’opposition. Enfin une certaine forme d’opposition, une certaine esthétique de l’opposition, la musique improvisée post-free jazz par exemple, j’attends de voir comment elle pourrait être récupérée…
Critique, c’est devenu un terme bouche-trou fourre-tout pour dossiers de presse et demande de subventions au ministère. Je ne sais plus ce que ça veut dire. En revanche j’ai des positions et des oppositions politiques précises. Par exemple, je suis féministe.

- Parlons de ton projet du hit – sinon on va parler de féminisme…  Alors c’est quoi faire un tube comme pièce d’art ?
Pratiquement, c’est produire une chanson d’un type particulier. Un hit c’est une chanson que beaucoup de gens aiment. Ça peut être de la daube ou un classique en son genre, le mot hit n’est pas qualitatif, il est quantitatif et désigne le nombre de gens qui aiment. Il donne la taille du public. Voilà, donc avec une équipe, on produit cette musique (avec un chanteur(se) looké(e), un clip.. et tout le reste) et une fois que c’est une tube, on dit « c’est une pièce d’art » et on fait entrer cette chose dans un musée…

-Mais qu’est ce qui entre dans le musée ?
L’idée. De toute façon un tube, ça n’a pas la matérialité de type sculpture d’un urinoir. Bon… il y a bien sûr les masters, mais ce n’est vraiment ça qui m’intéresse… même les flops ont des masters. Un tube c’est le public. Le public, c’est la sculpture que je propose.

-Si c’est l’idée qui entre dans le musée mais dans la salle d’expo il y a quoi ?Du public ?
La pièce doit être au musée ou achetée par un collectionneur pour avoir son statut d’œuvre d’art. Alors, après on peut installer des tas de choses dans un musée… Ça peut être le disque d’or et le livre « making a hit as an art piece », un documentaire, un film, une installation avec le clip, les coupures de presse people, interview télé et de la doc.… Ou alors on pourrait faire une énorme expo, où le centre d’art est transformé en une sorte de discothèque- installation comme si on entrait dans un clip (pas sur le plateau du clip ) mais plutôt comme si on était dans la chanson, dans un clip…

-Comment tu situes cette pièce par rapport à Wahrol et la célébrité ?
Ce n’est pas la célébrité qui m’intéresse dans ce projet, c’est le public. C’est le public devenu forme qui est la base de cette performance et pas l’envie d’être une pop star. 

- Ça veut dire quoi le public devenu forme ?
Ça veut dire qu’aujourd’hui on travaille sur ce qu’on pense que les gens veulent voir ou entendre. Le matériau c’est le public Je ne l’invente pas, je l’ai entendu chez des producteurs influents (français…). Enfin quand je dis que le matériau c’est le public, c’est un faux raccourci, c’est plutôt :le matériau, c’est ce que les producteurs, les artistes, les industries culturelles pensent que le public est. C’est du marketing. Ma position féministe (pour en revenir à l’œuvre dite critique) c’est de dire : non merci, ne pense pas à ma place et surtout arrête de me dire ce que je désire.

- Alors  revenons à l’idée de critique... ou de non-critique : est-ce que tu mets en scène une situation ? 
Historiquement, la musique et les musiciens ont été représentés dans la peinture en fonction de leurs rôles dans la société. La musique, c’est un marqueur social (comme les femmes d’ailleurs…) Mais depuis qu’on a le son en art contemporain, c’est un peu différent parce qu’on peut l’utiliser comme matériau pour faire des objets et de l’image..
Avec la pop, la représentation de la musique revêt quand même toujours la signification sociale de cool. Après 10 ans passés en Angleterre, je crois que j’en ai eu marre, de ce truc intouchable, plus sacro-saint que la reine. On veut bien de la critique du système capitaliste en musique, mais pas celui de la musique elle-même. La critique du capitalisme… Ce n’est pas dans mes compétences.
De plus, je pense aussi que les artistes n’ont plus la prérogative de l’image. Hollywood, la pub, la télévision, les magazines, ont tout simplement plus d’argent, plus de pouvoir… enfin en tout cas plus de capacité de faire de l’image.  On n’a plus celle de l’objet non plus... mais, ça, c’est une autre histoire.
Bref, je voulais dire, que « faire un tube comme pièce d’art », c’est une performance, c’est une action, quelque chose que se passe. C’est un objet mais pas dans le sens objet qu’on montre en vitrine… Tu parlais de Warhol, mais je me sens plus proche du travail de Tracey Emin. Même si ses appliqués sont très chouettes, pour moi l’intérêt de son travail se passe dans les médias…

-Ah ben c’est dommage qu’on ne puisse pas publier ça alors.
Ah ben oui c’est dommage

back to main site